Revue de presse

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Flics et voyous en combles

Jeunes à Paris n°8, 1992-02-00

"Dire que je ne prends pas de plaisir à descendre serait mentir." avoue Jean Claude SARATTE, inspecteur divisionnaire chargé de la surveillance des carrières de Paris. La répression préventive de rigueur se manifeste de façon relativement cordiale et contraste avec l'intransigeance coutumière en matière de transgression d'interdits. II s'agit avant tout de connaître les clandestins. Quelques dérapages violents l'ont parfois amené à sévir, mais Jean Claude SARATTE n'en fait pas une généralité : "C'est l'arbre qui cache la forêt." Les catacombes restent donc un théâtre d'ombres, derrière lequel se dissimulent aussi des personnalités intriguées du monde public et politique, qui, guidées par l'inspecteur SARATTE, endossent pour un instant, le look du cataphile sous couvert de la légalité... "La police des carrières a toujours été particulièrement bon enfant" annonce J.C. SARATTE. Il est l'une des figures emblématiques du "catacosme". Car, dans l'esprit des cataphiles, la répression en sous-sol s'associe à M. SARATTE. Cette starification n'est pas sans fondement puisque l'inspecteur s'avère être l'un des initiateurs de la section de police judiciaire des carrières. Victime d'un accident dans l'exercice de ses fonctions, les cataphiles n'ont pas hésité à lui rendre une visite de courtoisie à l' hopital. Même si les stéréotypes ont la vie dure, il est fort de constater que l'univers constitué par le bureau de l'inspecteur ressemble bien plus à un cabinet de géologue qu'à un commissariat.Contre toute attente, la police des carrières élit domicile au commissariat de la Goutte d' Or... Passionné de photographies, JC SARATTE n'omet pas d'en exposer des exemplaires "diurnes" en 1987, certains sur l'un de ses murs, et d'en entreposer d'autres dans ses armoires."Certaines m'ont été offertes par les cataphiles eux-mêmes" confie l' inspecteur dans un large sourire. Une carte des carrières orne également un mur sans oublier les étagères où sont exposés les ouvrages de référence du Paris Souterrain, et quelques vestiges, tels que de vieux vases ébréchés dénichés au fond et au passé mystérieux... Pourtant, l'activité de répression dans les carrières ne représente que 1% des activités de JC SARATTE. L'histoire récente de la police des carrières n'en est pas moins anecdotique. Elle débute à la fin des années soixante-dix. En effet, à l'époque 54 tonnes de câbles téléphoniques sont dérobés dans les égoûts de Paris. Beaucoup de ces câbles ont un potentiel 0, ils ne servent pas aux abonnés. Cependant.certains déservent tout de même quelques particuliers, tandis que d'autres sont reliés aux systèmes d'alarmes des banques. Les coupables sont vite démasqués grâce au système de bouclage "France Télécom" qui permet de déterminer à quelques mètres près, l'endroit où le câble a pu être coupé. Bien vite, il s'avère que des câbles téléphoniques auxiliaires parcourent 14,8 km de galeries dans les carrières. "Nous nous y sommes intéressés bien que personne n'ait jamis tenté de les subtiliser en raison de leurs poids (2 m = 20 kg), et de la profondeur des catacombes. La police contacte alors l'I.G.C., l'inspection générale des carrières, institution fort ancienne puisque créée le 4 avril 1777 par une ordonnance du roi Louis XVI. Celle-ci révèle en 1979 une augmentation de la fréquentation clandestine des souterrains. Afin de préserver la sécurité, mais aussi pour agir de façon préventive , une section policière des carrières est alors instaurée. "LA TV A PERMIS L'ACCES AUX CATAS" Depuis 1985, la fréquentation clandestine des catacombes aurait fortement augmenté bien que le phénomène ne soit pas réellement nouveau. "Auparavant, cela existait, bien sûr, mais cela s'adressait aux étudiants des grandes écoles qui descendaient dans les carrières pour y effectuer leurs traditionnels bizuthages" souligne l'inspecteur SARATTE. L'essor du "théâtre d'ombres" est essentiellement lié à une émulsion médiatique. En novembre 1981, un article typiquement cataphile est publié par l'Express. Dès lors, la télévision s'en mêle jusqu'au reportage origine de nombreuses polémiques réalisé par "52 sur la Une" en 1990. Pour JC SARATTE, la "TV a permis l'accès aux catas". Ainsi, on découvre que les plaques I.G.C. sont relativement nombreuses dans Paris, et qu'il suffit de les ouvrir et d'emprunter les échelons pour accéder aux tréfonds parisiens. "En réalité, nous ne mettons pas le quart des contraventions proportionnellement aux interpellations effectuées."Ce ne sont pas des criminels mais des jeunes qui vivent la petite aventure du samedi soir, je les comprends mais je désapprouve" souligne l'inspecteur. A cet égard, Intox, clandestin, projette de devenir inspecteur de police... Les policiers, de leur côté, admettent que la violence , les vols sont moins exacerbés qu'à la surface même s'ils existent. II serait question de la pseudo "voyoucratie" évoquée par Znort, clandestin. Sur 5 ans, on dénombre quelques braquages d'ailleurs vite enrayés par l'intervention de l'équipe de JC SARATTE. "L' important est de savoir qui est là dessous, et surtout pourquoi on y descend." JC SARATTE connait bien le "catacosme" et notamment son noyau dur constitué par une vingtaine de personnes pour qui descendre serait viscéral. "Ceux là on ne peut les empêcher d'y aller. Ils font même sauter les murs montés par l'I.G.C. qui souhaite ainsi isoler les carrières par secteur" ajoute l'inspecteur. DES PEINES PEU REPRESSIVES Les peines encourues sont d'ailleurs peu répressives. La police des carrières verbalise sous couvert de l'arrêté préfectoral du 2 Novembre 1955. A l'époque, le préfet DUBOIS a instauré l'interdiction de pénétrer et de circuler dans les carrières de Paris, et ce, pour des raisons de sécurité liées au maintien de l'ordre public. Sa transgression aboutit à une amende qui n'excède pas 250 francs. En cas de récidives rapprochées, elle peut néanmoins atteindre 900F. Il arrive "que nos amis cataphiles" dixit J C SARATTE, empruntent des entrées SNCF pour pénétrer dans les carrières du XIII, XIV, XV arrondissement. Dans ce cas, la peine encourue revêt un caractère correctionnel, et la douloureuse atteint alors la somme de 2500 francs... Il faut savoir que les policiers ferment régulièrement les yeux, et que ce procédé est rarement mis à l'épreuve. Enfin, la dégradation volontaire d'un édifice public peut conduire à une peine de 7 mois de prison et à une amende de 15000 Francs. Là encore, rares furent les personnes réprimendées pour avoir abattu les murs construits par l'I.G.C à grands renforts d'explosifs... Pourtant, il serait facile d'être sévère. Jean Claude SARATTE s'y refuse même s'il dispose d'une collection d'environ 2 500 tracts cataphiles riches en indices pour une investigation poussée. D'autant plus que bien souvent, la recherche s'avère simplifiée par des revendications provocatrices... LES TOURISTES EGARES Dernier rôle attribué à la police des carrières : celui de rechercher "des touristes égarés", comme diraient les cataphiles. "Il est arrivé que des parents inquiets d'être sans nouvelles nous contactent le dimanche soir. Il nous appartient alors de vérifier que la personne disparue soit encore dans les carrières" avant de déclencher un plan de recherche sur 770 hectares. Ce plan a du être déclenché 5 fois jusqu'à présent. Il s'agit de mettre à pied d'oeuvre 80 hommes répartis par équipes de 3 qui explorent une galerie déterminée. Les initiés auront ainsi pu remarquer sur le sol des traits de peinture surmontés d' une flèche. Ce symbole signifie que la galerie a pu être visitée. D'autres policiers font le guêt en des points de passage obligés afin d'intercepter le promeneur égaré. Une telle recherche prend plus de 5 heures... Une mésaventure sans lendemain. Malheureusement. les carrières ont étgalement été le théâtre de tragédies. Ainsi, l'an passé, un jeune homme qui souhaitait fêter sa réussite au concours de l'école polytechnique a fait une chute de 27 mètres de haut. Sauvé in extremis par les pompiers, cet étudiant est aujourd'hui tétraplégique. "Les accidents sont relativement fréquents", soupçonne l'inspecteur. Bien souvent, ils seraient dissimulés. Leur faible gravité permet aux cataphiles de jouer la solidarité, et de sortir sans avertir les secours. Pour l'amour du risque, les chenapans des souterrains s'organisent aussi des "délires aériens" sur les toits de Paris. "C'est un coup à se faire flinguer" déclare J C SARATTE qui insiste sur l'importance des cambriolages par escalade qui ont fini par rendre les gens paranoïacs... UNE SOIREE INACHEVEE Malgré ces avatars, les mordus des catacombes poursuivent leurs festivités nocturnes...Ainsi, quelques années plus tôt, l'inspecteur "célèbrissime", avait mis un terme à une soirée fort prometteuse dans la salle Z, située sous le Val de Grâce. Environ 25 litres de punch, un groupe électrogène et quelques instruments de musique ont du être hissés en surface alors qu'une foule agglutinée près d'une plaque en surface, a du regagner leur domicile. Une soirée pourtant bien agencée... Organisateurs et détracteurs auraient pu s'écrier "SA A RATE" ... LES ANCIENS A L'HONNEUR Par amour des carrières, Alain CLEMENT et Daniel MUNIER, deux clandestins du grand réseau ont tenté d'institutionnaliser le phénomène de la "catamania" en fondant leurs associations. Bien qu'elles aient des vocations différentes, les initiatives des anciens sont généralement bien accueillies de part et d'autre ... Le panorama du "catacosme" ne saurait être complet sans les anciens. Alain CLEMENT, 53 ans, ingénieur en énergie atomique, est l'une des figures officielles du petit monde de la cataphilie. Il y tient un rôle marginal puisqu'il est à l'origine d' un projet d' ouverture d'un musée des carrières souterraines de Paris, situé sous l'hôpital Cochin. Il espère aujourd'hui que son projet puisse voir le jour d'ici 3 ans. La petite aventure commence en 1979 avec l'institution d'une association, loi de 1901, la SEHDACS, société d'études historiques des anciennes carrières souterraines. Le but de l'association réside dans la préservation du patrimoine historique des carrières. Cette association a donné naissance, en 1989, à deux subdivisions d'associations la SEADACC, société d'études et d'aménagement des anciennnes carrières des Capucins qui s' intéresse exclusivement à l'exploitation du réseau situé sous Cochin, et le PICAR, patrimoine industriel des carrières qui s'intéresse à l' exploitation des carrières de Chatillon. Il aura fallu 4 ans aux autorités administratives pour délivrer l'autorisation d'aménagement des carrières de Cochin. Le 13 août 1983, c'est chose faite et le premier coup de pioche est donné. Depuis lors, environ 8500 heures de travail réalisées par des bénévoles, ainsi qu'une contribution financière de 500 000 francs ont permis la restauration du réseau. Pourtant, l'ouverture d'un musée demeure impossible. L'inexistence d'une sortie compatible avec les réaménagements de surface de l' hôpital entrave la réalisation du projet. Le mérite de la SEHDACS fut récompensé à plusieurs reprises. En 1984, elle obtient le premier prix au concours des "Chantiers de Bénévoles" organisé par la caisse nationale des chantiers historiques et des sites. En 1987, le premier prix de "Chefs d'oeuvres en péril" de Pierre La Garde et Antenne 2, lui est décerné. Enfin, divers dossiers déposés auprès du ministère de la culture afin de faire classer certains endroits "monuments historiques" ont obtenu une réponse favorable. Aujourd'hui, il se bat pour le respect des lieux, à tel point qu'il lui soit arrivé descendre pour nettoyer le grand réseau. Daniel Munier, 53 ans, éditeur d'ouvrages d'études sur les souterrains, soutien particulièrement l'entreprise de Cochin. Personnage respecté par beaucoup de cataphiles, Daniel Munier est président d'honneur de l'ABC, Académie Bourgeoise de Catalogie. Il parcourt le grand réseau depuis 1957, et il est à l'origine de l'établissement d'un plan linéaire portant son nom. Même l'inspecteur SARATTE admet se servir du plan Munier jugé beaucoup plus pratique que les plans de l'IGC. Daniel Munier est également à la tête d'une association, l'ADES, composée de 15 membres. Il s' agit surtout de "donner une représentativité à la cataphilie". Contrairement aux idées reçues, la cataphilie englobe toutes les générations. D'ailleurs, Daniel Munier confie avec humour, qu'il espère bien descendre encore durant cinquante ans ... A. A. -------------------------------------------------------------------------------- HISTOIRE SYNTHETIQUE DU PARIS SOUTERRAIN Par analogie avec les sépultures souterraines de Rome, les terrains dits "sous-minés" de la capitale sont faussement appelés calacombes. II s'agit, en fait de carrlères d'argile ou de pierre calcaire à bâtir, exploitées dès l'ère gallo-romaine. Plus tard, elles serviront également de champignonière, de repère, de cave, d'abri anti-aérien ou encore de voie de passage pour les câbles téléphoniques. La pierre de calcaire fut d'abord réservée à l'édification d'églises et monuments jusqu'au XIe siècle, Dès le XIIe, les Chartreux exploitent, sous leurs domaines, la pierre pour les bâtiments et les vides ainsi créés pour fabriquer bières et liqueurs. Les Carmélites, les Ursulines et les Bénédictins du Val de Grâce les imiteront. Parallèlement, les carriers oeuvrent vers Montmartre pour en extraire son gypse et dans la banlieue d'aujourd'hui pour sa craie. IGC : 1777 Aux XIVe et XVe siècles, les grandes pestes de Paris font des cimetières le foyer d'infections et de pestilences. Sur les plaintes des riverains, le Parlement Royal fera d'abord fermer le charnier des Innocents. Puis, sur ordonnance du Conseil du Roi en 1186, six millions de squelettes reposeront sous l'actuelle place Denfert-Rochereau, dans la plus grande nécropole souterraine au monde. L'épitaphe de Delille ; "Arrête! C'est ici l'Empire de la Mort" frappe, dès l'entrée, tout visiteur. Un avertissement probablement négligé par Philibert Aspairt, portier du Val de Grâce en 1793, descendu seul, retrouvé onze ans plus tard et inhumé sur place en un lieu encore très fréquenté par nos contemporains clandestins. Entre temps, sous Louis XVI, était créée l'Inspection Générale des Carrières, en 1777. Pour répertorier les terrains sous-minés d'une part, et pour assurer surveillance et travaux de consolidation des sols, d'autre part, rendus nécessaires par l'extension de la ville. Le Premier Empire instaurera ensuite une législation des carrières et le code minier de 1810. Enfin, un décret impérial interdira toute exploitation sous Paris trois ans plus tard, mais ne sera respecté qu'en 1853. Le monde des carriers, alors violent, vindicatif et en pleine crise de main d'oeuvre, est affecté hors de la capitale pour prévenir son enrôlement éventuel au côté des Versaillais. Dès lors, trois années font date : en 1859 d'abord, paraît le premier atlas du sous-sol de Paris. En 1862 ensuite, Nadar réalise la première photo souterraine dans l'ossuaire. En 1884 enfin, le réservoir de Montsouris se fissure et innonde le grand réseau de la rive gauche. PHENOMENE MEDIATIQUE A l'aube du XXe siècle, l'exposition universelle de 1900 rend nécéssaire l'aménagement des galeries situées sous le Trocadéro, L'Observatoire, lui, coeur du fameux "4° top" règlé par rayonnement atomique, abrite dans ses caves une première pendule dès 1920. Puis, la Cagoule menace d'occuper des bâtiments offlciels par surprise, sous le gouvernement du Front Populaire qui fait murer certaines galeries. D'autres seront comblées par les Allemands pendant la dernière guerre, époque à laquelle certaines salles sont reconverties en abris civils ou militaires. La menace de l'OAS en 1961, elle aussi, conduira à des muraillements et des comblements de galeries. Pour terminer, 1974 marque la réhabilitation de la fête des carriers de Montrouge, alors qu'en 1979 naissent deux associations d'amoureux de carrières (SEHDACS et GESCAS), ainsi que le service de la police judiciaire chargée d'en réglementer la circulation En dépit de quoi la fréquentation clandestine prend son essor en 1985, en raison du phénomène médiatique relatif aux catacombes. F.V. -------------------------------------------------------------------------------- Le point de vue du sociologue PARIS DEVOILE SES DESSOUS "On ne peut penser une ville sans son dessous. Cette part d'ombre stigmatise le désir de chaos sommeillant dans chaque individu." C'est en ces termes que Michel MAFFESOU, sociologue, maître de conférence à l'université de Paris V, envisage le phénomène de la cataphilie. Un sujet d'intérêt pour Michel MAFFESOLI puisqu'il avait dirigé en 1982 la publication de l'ouvrage de Barbara GLOWCZESKI, "La Cité des Cataphiles", Bilan 10 ans après ... Subway, Le Grand Bleu, Nikita.,. Trois films de renom qui ont marqué la décennie. Le point commun, Luc BESSON, certes mais ces films doivent aussi leur formidable succès à une mystérieuse fascination pour le dessous. Les scénaris n'ont de raison d'être qu'au travers de ces lieux au sein desquels les personnages se façonnent un microcosme... Un monde imaginaire teinté de réel où la transgression du raisonnable vers l'extrëme traduit la fuite d'une société "asseptisée"... Ce n'est sans doute pas l'effet du hasard si de nombreux cataphiles ont tout parficulièrement apprécié les films de Besson, ni si l'avènement de la "génération Besson" est corollaire à la recrudescence de la fréquentation clandestine du sous sol parisien. Michel MAFFESOLI estime, pour sa part, qu'il "y aurait une trop grande domestication des moeurs dans les sociétés occidentales". "La recherche de la part d'ombre y est omniprésente" le phénomène s'inscrit dans la nécessité d'une présence de désordre dans l'ordre social. "C'est une expression saine, une façon d'intégrer homéopathiquement des excès dans lo vie quotidienne" souligne M. MAFFESCLI Selon lui, un parallèle peut s'établir entre la cataphllie ou sens festive, et le développernent des boîtes de nuit. Dans les deux cas on retrouve des similitudes ccmportementales : la notion de "descente", le fantasme d'orgie, l'imaginaire nocturne... Il n'est pas rare de constater que certaines boîtes prennent l'aspect de cavernes, et tentent ainsi de reconstituer un univers hors du temps. On assiste alors au déploiement de plusieurs activités qui ne sont pas dominées par "la raison pure", elles n'en sont pas pour autant criticables... En réponse au Docteur CALMA qui évoquait l'éventualité de problèmes sexuels, Michel MAFFESOLI constate que le phénomène est effectivement teinté d'une connotation sexuelle. "L'enfermement à plusieurs dans un lieu clos cristallise les désirs". Cependant, le fantasme reste une fantaisie, il ne saurait être question d'émettre ici un quelconque jugement de valeurs. En ce qui concerne les tracts, véritables médias cataphiles, il s'agirait là d'une forme de communication tribale. Michel MAFFESOLI observe un parallèlisme entre cette forrne de "micro communicaticn" et la multiplication des graffitis sur les murs de la capitale. Des études ont montré qu'il s'agissait d'un mode d'expression entre initiés. "Pour exister à quelques uns, il faut se créer sa propre structure de communication" affirme le sociologue. Actuellement on assiste à une overdose des grands médias multiformes. Des indices tendent à décrire une évolution de la communication de masse vers la micro communication dans les décennies à venir. Enfin, la cataphilie endosse un caractère initiatique. Etre cataphile, cela s'apprend. Selon M MAFFESOLI, il ne s'agit pas d'une recherche d'identitié, mais plutôt "d'une recherche d'identification", étant entendu que plusieurs identifications à divers groupes sociaux permettent une cohésion de l'ensemble. Les cataphiles semblent être dans l'air du temps. Voilà de quoi conforter certaines "âmes, libellules de l'ombre"... A.A -------------------------------------------------------------------------------- AU ROYAUME DU SILENCE, LES MUSICIENS SONT ROIS "Si la musique nous est si chère, c'est qu'elle est la parole la plus profonde de l'âme", écrivait Romain Rolland. Sans aucun doute, les âmes cataphiles vibrent à l'unisson, à l'écoute de quelques notes. Pour peu que la fête soit chaleureuse, l'éclairage à la bougie et la bonne humeur générale aidant, les instruments stimulent une assistance qui chante à gorge déployée. Dans la "tribu" des néo-troglodytes, les percussions sont à l'honneur, Vincent, percussionniste "même avant les carrières", joue surtout des standards de rythmique. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un boeuf, car coordonner les tempos de chacun relève sinon du miracle, du moins d'une grande technicité. Et lorsqu'ils accompagnent un guitariste ou un saxophoniste improvisateur, la foule jubile pour leur plus grand plaisir. MOT D'ORDRE : CONVIVIALITE Dan, lui, fait partie du groupe des "Rats", célèbre pour faire battre la chamade au coeur des catacombes. II avoue qu'il n'y descendrait pas si ce n'était pour pratiquer ses cours de percussions africaines. II aime rechercher la meilleure résonnance possible "parce que le son rebondit contre les murs". Et si les décibels de sa conga risquent de couper court à tout échange verbal dans l'auditoire, il précise ; "on ne fait pas de la musique d'ambiance". Bref, un truc à réveiller les morts... Bacchus n'est pas vraiment plus discret. Soliste alto lorsque, enfant, il gazouillait en latin dans une chorale, il se dit défavorable aux "catapostes", ces magnétophones blindés contre les chocs fréquents, qui égayent d'un fond musical parfois discutable, à défaut de musiciens, l'ambiance que veut donner à la fête le propriétaire non moins discutable de la cassette en question. Lui, Bacchus, chante. Très fort. Et "super bien", de l'avis général. "Des chants militaires que je connais très bien et qui sont très beaux pour certains, mais aussi des opérettes ou des chansons provocatrices", dit-il. Cette provocation souvent de mise dans les carrières pourrait en gêner plus d'un. Mais les superbes interprétations de ce ménéstrel des galeries plongent chacun dans une admiration béate. Seules conditions nécéssaires à sa prestation : l'alcool, une ambiance sympa, "et surtout j'aime chanter avec les gens". La convivialité passe avant tout. QUAND TINTIN JOUE DE LA MANILLE Par l'impact sonore de son instrument, Tintin parait plus délicat ; sa guimbarde lui permet de jouer "dans différentes positions, c'est très pratique", explique-t-il, ajoutant qu'il est piètre musicien. Mais ne vous y fiez pas. II ne s'agit que "d'expériences sonores dans ce lieu idéalisé". Dans ce cadre,"et un peu plus violemment, il joue aussi de la manille suspendue, "U" métallique qui sert à fixer poulies et crochets pour grues, sur lesquelles il frappe à l'aide d'une barre à mine! II enregistre le résultat et va ensuite retravailler l'ensemble chez l'Archange-Gallactique. Celui-ci, guitariste apprécié des cataphiles, dispose d'échantillonneurs électroniques qui digitalisent les sons de façon à modifier leur vitesse d'audition, ou encore à les répéter sans cesse en un rythme soutenu. Ainsi, le bruit d'une plaque d'accès qui se referme fournit une bonne cadence de base... Ce panorama non-exhaustif bouleversera sûrement les idées reçues , dans ce monde noir et silencieux, on jouerait donc la symphonie d'un autre monde que Dvorak n'aurait pas écrite?

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