Les Catacombes de Paris

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Les Catacombes de Paris constituent par le nombre d’ossements déposés la plus grande nécropole du monde. On estime à 6 millions le nombre de squelettes y reposant.

Un cimetière saturé

Au Moyen Âge, les cimetières étaient situés près des églises et celui des Saints Innocents ne déroge pas à la règle. Avec l’expansion de la capitale, celui-ci se retrouve dès 1186 au centre de Paris. Philippe le Bel ordonne alors que tous les habitants y soient enterrés. Mais avec les épidémies, les guerres et l’augmentation de la population, ce cimetière se transforme rapidement en un immense charnier où les cadavres s’entassent par milliers.
Dès 1554, les riverains commencent a se plaindre des nuisances et demandent la suppression du cimetière. Au 18e siècle, de 1725 à 1780, les plaintes se succèdent. Les quartiers avoisinants sont submergés par l’odeur des cadavres, l’eau est contaminée et on raconte que les fruits pourrissent en à peine une journée. En 1780, les murs de certaines caves de la rue de la Lingerie cèdent sous la pression des cadavres. Les habitants doivent évacuer leurs maisons, les victimes (surtout des sauveteurs asphyxiés) ne pourront être remontés en raison des émanations de gaz.

La création de l’Ossuaire souterrain

Le scandale est tel, que le 9 septembre 1785, sa suppression est ordonnée par le Lieutenant Général de Police Lenoir. Charles Axel Guillaumot, premier Inspecteur Général des Carrières, est chargé de trouver un endroit convenable pour les ossements du charnier. Ce sont les vastes vides de carrières situés sous la plaine de Mont-Souris (alors situés sur la commune de Montrouge) qui seront retenus. Dès 1786 d’énormes travaux de confortations commencent, ils seront terminés en mars de la même année. Le 7 avril, des prêtres viennent bénir le lieu et le même jour, le transfert commence, il durera 15 mois. De vastes tombereaux amèneront à la tombée de la nuit les ossements qui seront jetés en vrac au fond des galeries de la carrière.
Pendant près de trente années, tous les ossements trouvés lors de suppressions d’églises, de cimetières ou lors de travaux seront transférés à l’Ossuaire. Les corps des victimes des combats et émeutes de la Révolution y seront également déposéS.

De l’Ossuaire aux Catacombes

En 1810, les galeries étant en mauvais état, l’Inspecteur Général des Carrières de l’époque, Héricart de Thury, est chargé d’effectuer les confortations nécessaires. L’époque est au romantisme et à la fascination pour l’Italie romaine (nous sommes sous le règne de Napoléon Ier) et H. de Thury a de grands projets pour l’Ossuaire. Il fait ranger les ossements, « déguise » les piliers de confortation en monuments, fait graver de nombreuses stèles et épitaphes. Lorsqu’en 1811 les travaux se terminent, l’Ossuaire est devenu les Catacombes de Paris.

Les visites, de l’origine jusqu’au XXe siècle

La première visite remonte à 1787 par le Comte d’Artois (futur Charles X). Puis dès que les confortations furent terminées par H. de Thury, les visiteurs furent autorisés à les visiter . On peut citer :
  • L’empereur d’Autriche François 1er le 16 Mai 1811
  • Napoléon III en 1860
  • Bismarck et le roi de Suède en 1867
L’itinéraire n’était pas fixé et les visiteurs se promenaient guidés par du personnel des carrières. En 1830, en raison de dégradations et de visiteurs égarés, les visites sont suspendues.
Ce n’est qu’en 1832 qu’elles reprendront sous la pression de la municipalité de Montrouge, à raison de quatre visites par an. En 1867, devant le nombre sans cesse croissant de visiteurs, elles deviennent mensuelles. En 1874, elles ont lieu les premiers et troisièmes samedi du mois. Ce n’est que très récemment qu’elles seront ouvertes tous les jours (milieu des années 1990), l’entrée s’effectuant par un nouvel escalier, ouvert en 1983, situé de l’autre côté de la rue par rapport à l’accès originel.

Personnages célèbres y reposant

Les déménagements successifs de cimetières auront pour conséquence d’entraîner en même temps que les anonymes des personnages célèbres de l’Histoire, citons par exemple :
  • Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances sous Louis XIV
  • Colbert son rival
  • Danton
  • Robespierre
  • Camille Desmoulins
  • Marat
  • Charlotte Corday (et d’une manière générale tous les citoyens exécutés sous la Terreur entre 1792 et 1794 au Carrousel ou à la Concorde.)
  • Lavoisier
  • Blaise Pascal
  • Montesquieu
  • Racine
  • Charles Perrault le conteur
  • François Rabelais, curé de Meudon et auteur de Gargantua et Pantagruel
  • Jean-Baptiste Lully le compositeur
  • François et Jean-Ardouin Mansart
  • l’Homme au masque de Fer
Et ironie de l’Histoire, deux personnages coutumiers de ces lieux : Charles Axel Guillaumot et Héricart de Thury.

Des carrières sous Paris

Les Catacombes sont situées dans le vaste réseau de carrières qui s’étend sous la capitale. Ces galeries, œuvre de l’Inspection Générale des Carrières créée en 1777, tracent leurs chemins sinueux au milieu des vastes vides en parties remblayés laissés par les carrières souterraines exploitées depuis le Moyen Âge. Celles-ci s’étendent pour l’exploitation du calcaire grossiers sous les arrondissements suivants : 5°, 6°, 12°, 13°, 14°, 15°, 16°.
Pour l’exploitation de gypse, les carrières se situent sous la butte Montmartre, le cimetière du Père-Lachaise et les buttes Chaumont. Elles forment, réunies, un ensemble de plus de 300 km de galeries.
Ces carrières ont servi à extraire les matériaux nécessaires à la construction des édifices parisiens. Situées à l’origine à l’extérieur de Paris, elles se retrouvèrent rapidement, en raison de la perpétuelle expansion de la cité, à l’intérieur des murs.
Ces vides oubliés firent parler d’eux lors d’effondrement catastrophiques en 1777. La nécessité de répertorier et de consolider le sous-sol de la capitale devint impérative. L’Inspection Générale des Carrières était née et son activité n’a jamais cessé jusqu’à nos jours.
La confortation des vides à l’aplomb des voies publiques a laissé des traces telles que les plaques de rues gravées ou bien encore ces curieuses inscriptions recensant les piliers de confortations (12G1788 signifiant "12e pilier construit par Guillaumot en 1788"). Les carriers et ouvriers ont laissé leurs empreintes, tout comme les visiteurs ou ces soldats parisiens de 1871 cantonnés sous l’enceinte de Thiers pour empêcher les Prussiens de passer par les galeries souterraines.


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